L'oeil qui jouit

Écrire sur le cinéma est une activité dont j'ai longtemps simplement rêvé la possibilité avant de passer à l'acte. Les écrits réunis ici représentent une petite partie d'un travail d'écriture qui s'est étalé sur une vingtaine d'années. Des textes de toutes origines s'y côtoient, de la critique pure à la présentation de programmations pour la Cinémathèque en passant par des articles destinés à des revues ou des ouvrages collectifs. Il ne faut pas forcément chercher dans les choix effectués la synthèse exemplaire et cohérente d'un goût cinéphilique particulier. Beaucoup de noms manquent à l'appel même s'il était inimaginable qu'il n'y ait pas au moins quelque chose sur Jean Renoir, le seul cinéaste qui m'ait « appris à vivre ».
Sinon, il était peut-être important que soit visible cette contradiction (mais en est-ce une ?) qui mélange un goût hérité de la lecture, très jeune, des Cahiers du cinéma , dans le désordre et toutes périodes confondues, avec une appétence pour des formes dites mineures ou marginales, les chefs-d'oeuvre estampillés avec le cinéma dit bis , le théorique et le tripal. Un résidu d'enfance guidé par un pur principe de plaisir ? Peut-être. Et puis renouveler à l'infini le geste cinéphilique d'ennoblir un mauvais objet ne se refuse pas. Finalement, si programmer des films c'est écrire une histoire du cinéma, écrire c'est aussi programmer son propre goût.