Marcel Ophuls

Sorti en France en 1971, Le Chagrin et la pitié a provoqué
un véritable séisme. En mettant en évidence la complexité des
rapports entretenus par les Français avec l'occupant, Marcel
Ophuls a balayé la vulgate gaulliste de la résistance généralisée
au nazisme qui prévalait jusque-là, y compris chez les historiens.
Interdit à la télévision française pendant plus de dix ans,
ce film a ouvert la voie à une connaissance de l'histoire plus
nuancée, plus critique, plus libre.
Mais il faut redécouvrir les autres films d'Ophuls, comme
le portrait du tortionnaire nazi Klaus Barbie Hotel Terminus
(1988), récompensé par un Oscar, ou Veillées d'armes (1994),
document incontournable sur la guerre de Bosnie...
Par son sens du spectacle et son goût de la démystification, Marcel
Ophuls bouscule les dogmes du film documentaire. Fils d'un génie
du cinéma, marqué par l'expérience de l'exil, par la fréquentation
des studios d'Hollywood et par son amitié avec François Truffaut,
il porte avec lui un rapport fertile à l'image : derrière sa silhouette
se lève toute la culture des émigrés de 1933, cette conviction aiguë
et pleine d'humour de symboliser, bien malgré soi, la mauvaise
conscience de son temps.