Psychanalyse, n° 15

Dès 1890, dans un article intitulé «Le traitement psychique»,
Freud écrit qu'il voulait promouvoir un traitement
par les mots et se préoccupe, en réaction contre
un causalisme unilatéral (l'âme reflet du corps), de
«l'action de l'âme sur le corps». Pour autant, il ne faudrait
pas, en prenant acte de ce premier pas décisif,
oublier que la psychanalyse est née d'une interprétation
de ce par les mots qui contredit frontalement ce
que Freud soutient dans cet article pré-psychanalytique
: les mots de l'Autre (le thérapeute) sont censés
corriger les maux de l'un (le patient) par la suggestion
hypnotique. Cet oubli est pourtant ce qui sous-tend la
tentation, à laquelle cède la loi sur la psychothérapie (y
compris son dernier avatar sous forme d'amendement),
de dissoudre la psychanalyse dans le médico-psychologique,
dont l'idéal est l'arasement du symptôme avant
qu'il ne délivre son message toujours subversif, à savoir
cet envers devant lequel la vérité dont le langage est
capable s'avoue en échec. Qu'un dire sache transcender
le langage est l'impossible que même la loi doit respecter
pour que la psychanalyse persiste vive.