Neuf valises

«Voilà comment, d'une seule phrase, j'ai tué
quarante-neuf personnes.» Béla Zsolt ne s'épargne
pas. Et pourtant, le sort non plus ne l'a pas
épargné, lui, le juif hongrois qui a quitté la France en 1939
pour retourner dans sa patrie, autant dire dans la gueule
du loup. Ces mots terribles illustrent le quotidien du front
de l'Est, où il sert dans une unité de travaux forcés comme
tant de ses coreligionnaires. La prochaine étape de sa destinée
est le ghetto de Nagyvárad, où il attend avec sa femme
son transfert vers les camps de la mort. Le couple est sauvé
in extremis mais le calvaire n'en est pas fini pour autant.
Une nouvelle arrestation puis un internement à Bergen
Belsen suite au marchandage de Rezso Kasztner avec les nazis
précéderont leur départ pour la Suisse et leur libération
définitive. Libération ? Comme tant de rescapés de la solution
finale, Zsolt est hanté par ces années vécues au bord
du gouffre. Il nous livre ici un récit d'exception, écrit à chaud
au fil des persécutions, un «témoignage-reportage»
sans concession aussi glaçant qu'émouvant.