Un débat sur la laïcité

Votée en mars 2004, la loi interdisant à l'école les «signes religieux ostensibles» a été diversement
commentée mais sans donner lieu au débat de fond qu'elle appelle. Car, au-delà de la question
limitée sur laquelle elle statue, elle offre le grand intérêt d'éclairer l'histoire et la politique
françaises de la reconnaissance des diversités culturelles. La France règle-t-elle ce problème
d'une tout autre façon que ses voisins européens ? Et que dire du Canada, des États-Unis ou de
l'Amérique latine ?
Traiter la loi de mars 2004 comme un révélateur des grandes options françaises en matière de
laïcité, de rapport à l'État et de politique de la reconnaissance, tel est l'objet de ce débat profond,
subtil et dont on sort avec plus de perplexités qu'on ne s'y attendait.
Car les deux interlocuteurs partagent les mêmes valeurs républicaines, et aussi la conviction que
l'État doit empêcher la constitution d'isolats dans la République. Mais à partir de cette conviction
commune, que fait-on ? Faut-il penser, comme Alain Touraine, que la loi s'imposait pour
marquer un coup d'arrêt à une dérive fondamentaliste ? Ou bien, comme Alain Renaut, qu'en
fabriquant une loi d'exception, faite pour contenter l'opinion, on a créé un précédent grave ?
Difficile question, qui mérite bien quelques heures de lecture.