Critique, n° 792. Rêves de la raison

El sueño de la razón produce monstruos - le sommeil de la raison
engendre des monstres : la célèbre gravure de Goya, qui appartient
à la série des Caprices , figure en bonne place dans l'exposition du
musée d'Orsay L'Ange du bizarre , que Jean-Loup Bourget a visitée
pour nous et où les cauchemars sont plus nombreux que les rêves.
La raison, pourtant, n'a pas toujours désespéré du rêve. C'est
ce que montre le surprenant ouvrage de Jacqueline Carroy dont nous
parle Marc Joly : consacré aux «livres de rêve» tenus au XIX<sup>e</sup> siècle
par plusieurs pionniers des sciences humaines, il documente leur effort
préfreudien pour se rendre raison à eux-mêmes des fantasmagories
du sommeil.
Quant à la philosophie, elle a toujours entretenu avec le rêve
d'intimes et problématiques relations. Mais ce n'est pas en analyste,
c'est en feuilletoniste de ses propres rêves que le philosophe Clément
Rosset narre dans Récit d'un noyé une série d'épisodes oniriques, à la
fois terrifiants et drolatiques, que commente ici Blanche Cerquiglini.
Pour nous parler du rêve, du sommeil et de ces «nuits étroitement
surveillées» auxquelles il a consacré un beau livre, nul n'était mieux
placé que Pierre Pachet, qui perpétue la belle tradition d'un essayisme
«aux aguets» : il s'entretient pour Critique avec Yves Hersant,
Marielle Macé et Philippe Roger.