Bagdad et les villes ignorées de l'Euphrate : les vrais Arabes et leur pays

A l'automne de 1880, un officier français, familier de la mer
Rouge et du golfe Persique, s'embarque à Bassorah pour une
expédition qui le mènera au coeur de l'antique Mésopotamie.
Marqué par la terrible défaite de 1870, mais confiant dans l'avenir
de la présence française en Orient, face aux Anglais qui tentent
par tous les moyens de s'y assurer un monopole, il s'est
donné pour mission d'«ouvrir de nouvelles relations entre l'Irak
et la France». L'Irak est alors une province de l'Empire ottoman,
mais l'autorité du Sultan n'est effective que dans les grandes villes
des bords du Tigre ; le reste du territoire est aux mains des belliqueuses
tribus arabes vivant sous un régime féodal et s'affrontant
périodiquement.
L'expédition française, après avoir remonté le Tigre jusqu'à
Bagdad, qui apparaît bien déchue de sa splendeur du temps des
califes, s'aventure sur l'Euphrate, infesté de pirates. Aléas de la
navigation, palabres avec des chefs de tribus hauts en couleur,
sites archéologiques encore en attente de fouilles organisées, vie
quotidienne de la ville et des campagnes que «l'incurie du gouvernement
turc» laisse végéter, ou événements marquants
comme le pèlerinage chiite de Kerbelah, autant d'évocations pittoresques
qui débouchent sur une constatation lourde d'enseignements
: une conscience panarabe se fait jour parmi les peuples
d'Irak, qui supportent toujours plus impatiemment la domination
turque. L'auteur y voit un grand espoir pour ces régions,
où l'influence française aura son rôle à jouer pour peu que le
gouvernement de la République fasse preuve de clairvoyance
et d'initiative.
Témoignage très vivant sur une région du monde que nous
voyons dramatiquement placée sous les feux de l'actualité, Bagdad
et les villes ignorées de l'Euphrate , conserve pour nous tout son sel et
tout son intérêt.