Guerre ou paix en philosophie ?

La philosophie peut-elle faire la guerre, comme Bernard-Henri
Lévy dans un récent ouvrage ( De la guerre en philosophie , 2010)
le revendique pour sa propre philosophie ? Les notions de guerre
et de paix sont-elles ici à prendre au pied de la lettre ? Ou ne sont-elles
que métaphores se référant aux luttes, aux réfutations, aux
disputes où peuvent s'engager les philosophes ?
S'il n'est guère possible de définir la philosophie comme une
guerre réelle, il ne paraît pas plus pertinent de la définir comme
une guerre de papier. Plutôt que de tracer des lignes de combat
et d'affronter des ennemis, les philosophes semblent plus soucieux
de tracer des lignes souples, des «lignes de fuite» à la
manière de Gilles Deleuze. Ces lignes évacuent les oppositions
et les combats pour préférer les connexions entre différences et
hétérogénéités.
Ce sont en fait d'étranges liens d'amitié que tissent les philosophes.
Et c'est bien de cela dont nous parle, depuis Platon, ce
philein (aimer) qui est au coeur du mot même de «philosophie».
À l'arrière-plan de cette affaire d'amitié se dessine le moment
socratique du non-savoir : débatteurs ou combattants, confrontés
au vide du savoir, y abandonnent irrésistiblement la guerre
des idées. C'est sans doute là toute la portée, modeste mais
indiscutablement philosophique, d'une pratique comme celle du
café-philo.