La dot des fiancées

Rabbi Yidel, 'hassid voué à l'observance et à l'étude, consacrerait
volontiers ses journées (et ses nuits) à la Loi et aux commentaires,
mais voici : ses trois filles ont atteint l'âge du mariage. Rabbi Yidel est
pauvre, et sans dot, pas de fiancé... Comment s'en remettre à la
Providence, quand mener les filles sous le dais nuptial est un commandement
? Il lui faut quitter son shtetl , la méditation et la dispute
savante, pour trouver l'argent nécessaire. Autre version : pour donner
à d'autres Juifs, chacun selon ses ressources, la possibilité de participer
à l'accomplissement d'un commandement. Et, un beau matin
d'hiver, rabbi Yidel, nanti de la sagesse d'une Tradition plusieurs fois
millénaire et d'une lettre de recommandation d'un grand tsaddik ,
s'en va par les routes de Galicie dans une carriole tirée par deux chevaux
et conduite par Nouta le cocher.
À qui fait-il penser, ce 'hassid qui porte de beaux vêtements
empruntés pour la circonstance et abreuve de paroles érudites son
jovial cocher ? Au chevalier de la Manche et à son fidèle serviteur : la
Torah , le Talmud et les commentaires ont remplacé les romans de chevalerie.
Et les moulins à vent ? Les opinions des «réalistes», cyniques
ou hommes des Lumières (on est au début du XIX<sup>e</sup> siècle), qui s'obstinent
à critiquer la Création, l'ordre des choses et les événements qui
s'y déroulent, à ne pas louer le Saint béni soit-II pour la surabondance
de bienfaits, ou d'épreuves, qu'II dispense au monde et à ceux qui
l'habitent.
De hameau en bourgade, Rabbi Yidel voyage pendant de longs
mois, rencontre des gens admirables, des créatures fantastiques, des
envoyés du Satan , parle beaucoup, s'entretient de Torah , trouve pour
sa fille aînée un fiancé aimant l'étude et la Loi, et voit ses aventures
mises en chansons par les ménestrels du temps.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là...