Sauf ma mère

«Si j'étais romancier, j'aurais une explication
choisie et définitive à propos des personnages que
j'aurais créés et mis volontairement dans une situation
particulière. Je torcherais une conclusion aussi limpide
que précise, afin d'expliquer définitivement la vie, à
ma manière, à des lectrices qui me prendraient pour
un grand homme. Parmi elles, il se trouverait bien
quelques pétasses mariées à tringler au terme de
séances de dédicaces. J'aurais un fume-cigarette que
je tiendrais entre le majeur et l'annulaire. J'accorderais
des interviews à des magazines branchés pour
lesquels je saurais être sentencieux afin de plaire aux
snobs. Tout comme je saurais écarter les fesses à
la TV afin de séduire des spectateurs blasés et des
chroniqueurs qui se prennent pour des philosophes.
Mais, je ne suis que Jean-Louis le gorille, fils à la
Guenon, dont les journals ne parleront jamais, routier
retraité, fraîchement divorcé, tellement con qu'il n'a
de leçons à donner à personne. Un pauvre mec qui
touche le fond et qui ne craint pas d'écrire qu'il ne
comprend pas tout.»