De terre et d'eau : au rythme de la blanchie dans les marais du Cotentin

En avril, les conseillers municipaux de la commission
des marais préparent la mise au marais, dite aussi
dépouille ou marais libre. S'ouvre alors la saison du
pâturage collectif, qui s'étendra jusqu'en octobre, parfois
novembre, rarement jusqu'en décembre car alors les marais
se trouvent en règle générale inondés ou très proches de
l'être. Pour déterminer la date de son ouverture, les
conseillers, s'appuyant sur les prévisions météorologiques et
sur leur expérience du marais, inspectent tour à tour le ciel
et la terre, guettant les signes que l'un et l'autre, soulagés de
leur trop-plein d'eau, entament bien leur saison sèche. Leur
proposition une fois avalisée par le conseil municipal, la date
est officiellement publiée. Encore faut-il alors installer les
clôtures électriques, faucher l'herbe dessous, inspecter les
fossés, bref... préparer les lieux. Bientôt, les éleveurs
viendront déposer leurs bêtes, bovins ou chevaux.
S'appuyant sur des enquêtes ethnologiques menées entre
1994 et 1998 dans plusieurs communes des vallées de la
Taute et de la Douve, choisies en fonction de leur
représentativité de l'évolution technique, sociale et
économique de la région des marais du seuil du Cotentin, en
Basse-Normandie, ce septième titre de la collection «Les
Carnets d'ici» introduit le lecteur dans l'intimité des marais
et constitue pour le promeneur une belle invitation à se
laisser prendre au charme - si singulier en période de
«blanchie» - de leurs paysages, tout en y lisant un peu de la
vie quotidienne des hommes qui les façonnent.