L'art et le jansénisme au XVIIIe siècle

UPR
Lorsque l'on évoque l'art lié au jansénisme, on pense d'abord aux portraits de religieuses et de solitaires de Port-Royal, ou encore au fameux Ex-Voto de 1662 du musée du Louvre, par Philippe de Champaigne.
Pourtant, les querelles jansénistes du XVIII<sup>e</sup> siècle se sont accompagnées d'un nombre beaucoup plus important d'oeuvres d'art qu'au Grand Siècle : estampes satiriques ou dénonciatrices, gravures d'illustration d'ouvrages jansénistes - du livre liturgique aux journaux -, ou bien encore cycles peints pour des églises paroissiales ou conventuelles. Ces oeuvres, méconnues aujourd'hui, sont des documents historiques, mais aussi des images religieuses, qui obéissent à une esthétique concertée.
Christine Gouzi analyse ainsi les frontispices de Nouvelles ecclésiastiques , les portraits du diacre Pâris, les illustrations de François Boucher pour le Bréviaire de Paris de 1736 ou encore les peintures exécutées de 1716 à 1720 pour l'église de Saint-Germain-des-Prés, en expliquant leur aspect formel, mais aussi leur fonction politique, religieuse, voire militante. À partir de sources d'archives et d'écrits contemporains de leur conception, l'auteur replace ces oeuvres inédites dans le panorama de l'art religieux du XVIII<sup>e</sup> siècle ; elle reconstitue les réseaux d'artistes gravitant autour des personnalités jansénistes du règne de Louis XV. Loin du prétendu iconoclasme de Port-Royal, l'art lié au jansénisme éclaire ainsi d'un jour nouveau la représentation religieuse des Lumières.