Jean Genet : problématique des masculinités dans Haute surveillance : l'homme déplié

C'est en définissant la plupart des relations entre hommes dans
l'oeuvre de Genet comme des relations homosexuelles que les critiques,
depuis le Saint Genet, comédien et martyr de Sartre,
s'embourbent dans une perspective hétéronormative et réduisent
souvent l'univers littéraire de l'écrivain. Pour montrer l'étroitesse
de cette perspective, cette étude applique à l'analyse de Haute Surveillance ,
les concepts de l'anthropologie sociale moderne sur la
masculinité et démontre que c'est d'un jeu subtil entre différentes
formes de masculinité qu'il s'agit.
C'est en utilisant des critères propres à l'univers du genre masculin
que l'on peut délimiter les différentes séquences de la pièce et
en précisant les relations entre les trois protagonistes que l'on peut
voir s'agencer les caractéristiques des masculinités tout au long du
drame. Genet, dans la dernière version de sa pièce en 1985, a procédé
à un rétrécissement du texte, du jeu et du drame qui, paradoxalement,
lui a permis de concentrer encore plus l'enjeu de
Haute Surveillance sur la recherche de leur identité masculine par
ces trois hommes enfermés dans la raideur de leurs convictions.
C'est en analysant les retouches les plus minimes entre le texte de
1965 et celui de 1985 que l'on peut décoder comment le jeu des masculinités
prend sens et pourquoi la perspective homonormative donne
sens à la dialectique étonnamment actuelle de cette pièce qui a été le
premier et le dernier texte dramatique sur lequel a travaillé Genet.