Poétique du morcellement : recueil de nouvelles

Des pleurs étouffés tirèrent Rachel de son
inconscience. Elle ouvrit les yeux mais
demeura plongée dans le noir. Il lui fallut
plusieurs secondes avant de réaliser
qu'elle n'était plus ligotée. Un petit cri
s'échappa de sa gorge et, en une seconde,
elle fut debout, tâtonnant nerveusement
à travers l'obscurité qui l'enveloppait.
Essoufflée, elle heurta un mur, écarta les bras puis en toucha deux autres
latéralement. Elle se retourna brusquement, fit trois pas précipités et
rencontra une autre cloison. Hystérique, elle battit des bras comme pour
déchirer le voile de ténèbres qui l'oppressait. Elle hurla avant de plaquer ses
mains sur sa bouche, ne laissant plus sortir qu'un grognement pitoyable. Et
si son agresseur l'observait, au-delà des cloisons, attendant le moment
propice pour lui tomber dessus et la torturer ? Qui l'avait amenée ici et
pourquoi ? Luttant pour contenir le flot de peur brute qui ne demandait qu'à
corrompre son corps et son esprit, elle demeura immobile quelque temps,
prostrée. Puis, reprenant ses esprits, elle tendit l'oreille. Les sanglots
s'étaient arrêtés, mais il lui sembla entendre la voix lointaine d'un homme.
L'air charriait des relents d'excréments et de moisissures, c'était la première
fois qu'elle le remarquait.