Ethnies, n° 35-36. Habiter le monde : chroniques du XXIe siècle

L'un des phénomènes marquants de ce début de siècle est la montée en puissance des
mouvements indigènes de résistance et d'affirmation identitaire associée à une
solidarité internationale résolue à rompre définitivement avec l'héritage colonial. De
tous les continents s'élèvent les voix de peuples de plus en plus déterminés à se
faire entendre et respecter par un monde qui les a longtemps ignorés après les avoir
spoliés, stigmatisés et persécutés.
Fruit d'un combat acharné durant plus de douze ans, la Déclaration des droits des
peuples autochtones, un instrument international majeur bien que juridiquement non
contraignant, a été adoptée par les Nations-Unies en 2007, marquant une étape
importante sur la voie de leur émancipation. Rigoberta Menchú, prix Nobel de la
paix, dont nous livrons ici le discours qu'elle prononça au Sommet mondial du
développement durable de Johannesbourg en 2002, invoquait l'urgence d'une telle
disposition à une époque où les atermoiements du groupe de travail chargé de son
élaboration paralysaient encore sa proclamation : « Nous les peuples indigènes,
exigeons que soient reconnues nos différentes cultures ainsi que notre droit à la
libre détermination, dans les mêmes termes que ceux qui sont reconnus à tous les
peuples du monde par les traités internationaux des droits de l'homme. »
En Inde, l'éclatante victoire d'une petite tribu sur un géant minier qui a récemment
défrayé la chronique est bien le signal d'un changement des mentalités, des attitudes,
des politiques, nourrissant l'espoir que les légitimes revendications de ces peuples
seront désormais plus souvent satisfaites.
Les textes réunis dans cet ouvrage, publiés dans les Nouvelles de Survival durant cette
dernière décennie, évoquent des situations très diverses à travers témoignages,
points de vue et analyses d'auteurs - autochtones pour la plupart - qui, loin des
clichés nostalgiques relevant d'une utopie naïve, croisent leurs regards sur les enjeux
auxquels sont aujourd'hui confrontés les peuples indigènes dans un monde marqué
par la globalisation. Et c'est au chef kanak Nidoïsh Naisseline, dans l'article qui prête
son titre à cette nouvelle livraison d' Ethnies , qu'il appartient d'énoncer les principes
d'une sagesse universelle dont nous sommes encore trop peu nombreux à en
comprendre le sens : « Nous affirmer comme peuple indigène nous confirme dans
ce que l'on est et légitime notre sentiment d'appartenance à la fois à un clan, à un
lieu et à une vie qui était là avant notre naissance et qui nous continuera après
notre disparition physique. »