La Nouvelle Vague : un cinéma au masculin singulier

La Nouvelle Vague du tournant des années 1960 (Chabrol, Truffaut, Godard et les autres) est devenue le
modèle de l'art au cinéma, associant la subjectivité du créateur, sa maîtrise sans partage de l'oeuvre et la
transgression des normes aussi bien culturelles que morales. Paradoxe apparent, ce cinéma est resté à
l'écart des contestations politiques, tout en étant auréolé d'une étiquette de gauche.
Mais, à l'époque où il naît, ce nouveau cinéma est d'abord apprécié pour l'authenticité des images de la
jeunesse et des rapports amoureux qu'il propose. Dès 1957 s'impose la première star médiatique, B.B., qui
exprime le désir d'émancipation sexuelle des filles, question particulièrement brûlante dans un pays qui
continue à interdire tout débat sur la contraception et l'avortement.
Pourtant, le fait que ces jeunes cinéastes soient quasiment tous des hommes, va peu à peu déplacer
l'enjeu de ce renouveau vers une revendication d'autonomie artistique qui évacue les questions de
société pour privilégier l'expression de la subjectivité et le culte de la nouveauté formelle. De jeunes
acteurs masculins jouent le rôle d'alter ego des cinéastes (Belmondo, Trintignant, Brialy), cependant que
les figures féminines incarnent un mélange d'archaïsme et de modernité. Jeanne Moreau, amoureuse
éperdue ou femme fatale, la seule vraie star de la Nouvelle Vague, fait face à Brigitte Bardot, icône
ambivalente de la culture de masse.
Les tentatives isolées de Marguerite Duras et Agnès Varda, pour passionnantes qu'elles soient, n'ont pas
suffi à inverser la tendance lourde de ce cinéma d'auteur masculin, dont notre cinéma contemporain est
largement l'héritier.