Socio-anthropologie de l'erreur judiciaire

« Errare humanum est ». Si, comme le dit l'adage, l'erreur est
humaine, son étude relève bien évidemment du domaine de
l'anthropologie. L'étude de l'erreur judiciaire , présentée ici à travers
l'analyse des cas Roland Agret et Patrick Dils, constitue un vecteur
fécond pour appréhender le fonctionnement d'une institution
fondamentale de la société - la justice - dans ses modalités de
production et de gestion des normes et des déviances. Une telle
approche permet de pénétrer au coeur du système, de porter au jour
ses mécanismes, ses différents rouages et leurs interactions,
d'observer les éléments multiples et complexes qui le constituent.
Paradoxalement, c'est le fonctionnement «normal» du système
judiciaire qui se révèle : observer le «dysfonctionnement» d'une
institution nous montre, par l'exemple négatif, ses modes habituels
de fonctionnement. L'analyse du processus de construction/déconstruction/reconstruction
d'une identité judiciaire dévoile les
échafaudages sociaux-logiques qui ont permis l'édification, la
corrosion et la recomposition des masques successifs du
«coupable» puis de l'«innocent». L'étude de l'erreur judiciaire
permet in fine de saisir une modalité spécifique de la construction
sociale de la «vérité».