Une épistolière anglaise du XVIIIe siècle : Mary Delany, 1700-1788

Ne doit-on pas voir une des raisons pour lesquelles la correspondance de Mary
Delany demeure largement méconnue en ce début du XXI<sup>e</sup> siècle dans le fait qu'elle
semble toujours moralement parfaite et le plus souvent d'une correction figée ? Ce
sont là les effets de l'«à propos» - la bienséance, le respect des convenances -
auquel elle se tient, à la différence de son illustre contemporaine Lady Mary Wortley
Montagu, d'un bout à l'autre de sa longue vie. Cet esprit d'«à propos» de la
correspondance de Mary Delany est ici mis en valeur en trois temps.
Dans une première partie, est examinée la place des correspondants de Mary
Delany : membres de la famille, courtisans, artistes et gens de lettres. La deuxième
partie cherche, ensuite, à cerner les principaux centres d'intérêt de Mary Delany, ses
goûts, ses sources d'inquiétude, ses choix quotidiens. Cela permet de distinguer les
différentes sphères dans lesquelles gravite une épistolière : elle est à la fois femme
au foyer, femme du monde et femme de lettres. Enfin, son écriture est au centre de
la troisième partie : le style épistolaire de Mary Delany s'avère être le résultat d'un
travail de fond, qui révèle une certaine sensibilité littéraire. La confrontation de ses
lettres avec ses autres écrits, qui entrent inévitablement en interaction avec la correspondance,
le confirme. Quel degré d'intimité transparaît dans ses missives ? La
plus grande qualité de la femme de lettres ne réside-t-elle pas dans son aptitude à
donner l'illusion d'écrits intimes et personnels, tout en s'abritant - «à propos»
oblige - derrière des règles établies ?