L'homme tel qu'en lui-même : droit et individualité

Après l'avoir longtemps ignoré au profit du sujet abstrait, le droit
reconnaît aujourd'hui l'individu dans sa singularité. Chacun revendique
son unicité et affirme sa liberté de choix. Etre unique, l'individu est désormais
en mesure de se connaître et même de s'auto-instituer en imposant au
droit ce qu'il considère être sa personnalité réelle. La situation de cet
homme, devenu tel qu'en lui-même, se révèle cependant particulièrement
inconfortable. Il impose sa personnalité et son unicité, mais sa vie personnelle
reste influencée par les rôles que l'opinion tend à lui faire jouer.
L'individu semble libre, puisque de nombreuses normes qui lui étaient
imposées par la religion, par la morale ou la convenance ont disparu.
L'obliger à se dévoiler nuit toutefois à la liberté et conduit à une uniformisation
des comportements. La singularité se cache, s'autocensure, par
crainte de provoquer le rejet. L'individu, soumis à un contrôle collectif
permanent, devient le plus souvent conformiste. La transparence instaure
en cela une surveillance continue, un totalitarisme larvé.