Les anciens combattants

Eté 1968 : sur les hauts plateaux de Lozère, une voix
confronte sa mémoire du printemps parisien à la fixité massive
des roches, des étangs, des arbres. Parole singulière ou rumeur
innombrable des cortèges en déroute, son récitatif obstiné, tout
en brèches et en ruptures, ouvre un espace miroitant qui
ébranle les paysages et les expose au tremblement convulsif de
l'histoire - déjà retombé, aboli.
Puis la voix continue son errance. Mai 81 s'éloigne à son
tour. Restent d'immenses labyrinthes où passe une «veuve»
énigmatique, cette loi du marché insidieuse qui transforme tout
réel en compte monétaire. Des mirages retors travaillent la
parole, des trompe-l'oeil sournois, parfois vertigineux ; ils ne
mèneront qu'au vide et à la dépossession.
Un chant funèbre - sans appel - pour la révolution
d'Octobre précède alors un «Post-scriptum» ambigu, soudain
hanté par les grandes luttes de décembre 1995 : des routes
neuves pourraient encore surgir...
Mais la voix, quant à elle, a fini son parcours : son silence
prochain ira rejoindre celui des morts, dont la présence obscure
accompagna dès le début cette odyssée trébuchante.