Enfer à domicile

La relation perverse, où chacun alimente la perversion
de l'autre sans mesurer la sienne, est ici quasi cliniquement
disséquée. Quoi d'autre que la plainte et le cri devant
un égoïsme manipulateur qui accule la délaissée
au désespoir et à l'humiliation jusqu'à la folie ? Quoi
d'autre que la fuite devant cet amour ventouse dans lequel
la délaissée veut aspirer le fuyard ? Piège à deux que
le double ne manque pas de souligner : «si tu le harcèles
de la sorte pas étonnant qu'il ait toujours un oeil sur les
aiguilles...». On est dans l'étouffoir des relations malsaines.
Il la fuit, elle le traque, fouillant carnets et poches
à la trace d'une «initiale» comme sont surnommées les
rivales comptabilisées dans le carnet secret où l'infidèle
note ses exploits amoureux, s'anéantissant à la contemplation
d'un slip dans une lamentable quête à la fois tragique
et grotesque amèrement commentée par le
double : «tout ça à cause d'un slip ou d'un tampon périodique
me direz-vous, on a la transcendance qu'on
peut». Et c'est cette ironie de la narratrice sur elle-même,
qui sauve ce naufrage du naufrage par un
constant jeu de facettes.
Le jeu du double «je» - qui est aussi double jeu du
«je»- délivre le lecteur de l'asphyxie sentimentale,
dans laquelle il le plonge par ailleurs. C.B.