Une jeune fille comme il faut

«... Dans la petite mansarde, sur le lit recouvert d'une couette rose, une
jeune fille se vernit les ongles des orteils. Une douche de lumière matinale
poussiéreuse dégouline du vasistas, la nimbant d'une couronne tremblotante.
Ses longs cheveux blonds encadrent son visage d'une douceur angélique,
au teint diaphane, dont les traits hésitent encore à quitter l'enfance.
Un cobra pailleté argent prêt à mordre orne son tee-shirt noir trop court, révélant
son nombril. La minijupe en jean relevée haut sur ses cuisses aimante le regard
des trois hommes.
Elle rayonne d'une grâce voluptueuse qui contraste avec son air candide
et son regard bleu comme un songe d'été scrute les intrus...»
«... À cinq ans, il y a des mômes qui parlent couramment en hiéroglyphes,
des qui bouffent des équations au p'tit déj, des qui jouent le Concerto pour piano
n° 1 , de Rachmaninov, à l'harmonica... Et attends, on leur a mesuré le périmètre
encéphalique, à tous ces petits génies, et figure-toi que vers treize ans ils font
déjà cinq centimètres de plus que la moyenne nationale, t'imagines ? Si ça
continue, on va avoir une génération de mômes avec des crânes d'un mètre
cinquante de diamètre. C'est les fabricants de passe-montagnes qui vont être
contents !...»
Faisant mine de nous embarquer dans un polar, «Une jeune fille comme il
faut» plonge, sur un ton de comédie déjantée, vers un propos plus grave qui vise
à réconcilier pyrotechnie de la jeunesse et mélancolie du temps qui passe...