Nationalismes et régionalismes : Amériques, modes d'emploi

L'Amérique : continent singulier, incarnations plurielles, bestiaire des
paradoxes. La «découverte» de l'altérité radicale débouche sur la
première mondialisation. Des Empires pluri-ethniques se transforment
en accoucheurs des nations : non seulement des consciences nationales
américaines se firent jour précocement, au point que la Révolution étasunienne
précéda la Révolution française, mais l'Amérique devint le précepteur de
l'Europe dans l'imagination de ses propres identités. Paradoxe territorial, selon
lequel l'irréductibilité de la nature - déserts, jungles, blizzards - garantit la
grandeur du caractère national, au risque de se perdre. Paradoxe linguistique, où
«la langue est compagne de l'Empire» (Nebrija) tout en en inversant les signes,
à la manière de Caliban, dans des mythes et des littératures profondément
originaux. Sommeil paradoxal enfin du Rêve américain, juxtaposant les songes
de gloire de l'hyper-puissance et les cauchemars du sous-développement le
plus extrême.
Combien sont-elles donc, les Amériques : deux demi-hémisphères ? un Nord,
un Sud, un centre ? plus les Antilles, grandes et petites ? autant qu'il y a
d'Etats ? de nations, de groupes ethniques, de vagues migratoires ? qu'il y a
d'Américains ? A l'ère du soupçon «postmoderne», une méfiance justifiée
s'est instaurée contre tout discours totalisant. Ainsi, les articles constituant ce
volume abordent la question des identités nationales ou régionales selon des
points de vue spécifiques, monographiques. Pourtant, l'intérêt de leur collation
réside dans la mise à jour de contextes communs : de grands mouvements
historiques et culturels qui s'influencent, se répondent, ou s'englobent mutuellement.
S'il n'y a pas de «mode d'emploi» possible pour créer ou décrire
des réalités aussi complexes, nous pouvons tenter d'en aborder quelques
modalités, parfois, espérons-le, à contre-emploi.