Le curé Meslier : athée, communiste et révolutionnaire sous Louis XIV

Jean Meslier (1664-1729) curé d'Etrépigny, village des Ardennes, est l'auteur du
Mémoire contre la Religion , copieuse somme philosophique débouchant sur une
virulente critique sociale et politique de l'Ancien Régime annonciatrice des
bouleversements révolutionnaires qui le suivirent, qu'il annonce et qu'il espère.
Son message restera un temps occulté : Meslier n'a rien dévoilé de son vivant,
remplissant régulièrement son office sacerdotal. Mais il a laissé trois volumineux
manuscrits à découvrir après sa mort, qui vont lentement circuler et où il taille en
pièces la religion qu'il a servie durant sa vie au prix d'un drame de conscience. Seuls
seront d'abord connus des extraits centrés sur sa critique exégétique, bientôt truffés
de commentaires adventices, voire même de passages d'oeuvres du baron d'Holbach.
Pourtant, plus de cent copies manuscrites circulent lorsque Voltaire, alerté dès 1735
sur ce «curé de village aussi philosophe que Locke», publie en 1762 un Extrait des
sentiments de Jean Meslier , bientôt appelé Testament du curé Meslier. Mais Voltaire
donnant à la pensée de Meslier un tour déiste et taisant la dimension politique de son
texte, l'émascule gravement. L'oeuvre intégrale de Meslier ainsi que sa personnalité
resteront largement inconnues jusqu'au milieu du XX<sup>e</sup> siècle.
Maurice Dommanget, à qui l'on doit tant de superbes études sur l'histoire du
mouvement ouvrier et la Révolution française, est le premier à mener l'enquête
nécessaire, à réunir une impressionante documentation et révéler ainsi la véritable
dimension philosophique et politique du curé Meslier, qui sape tous les dogmes et
ruine de l'intérieur toute l'organisation de l'Église, s'affirme ouvertement athée et
précurseur du matérialisme de l'Encyclopédie, artisan de la Révolution et ancêtre du
socialisme révolutionnaire et du communisme. Par la scrupuleuse honnêteté de ses
recherches, la clarté de son écriture, par sa volonté de ne rien dissimuler des
problèmes que posent la vie et l'oeuvre de Meslier, Maurice Dommanget livre ici la
plus admirable des biographies intellectuelles et une pièce maîtresse de l'histoire
philosophique et politique du XVIII<sup>e</sup> siècle.