Europes intempestives

C'est grâce aux portulans - ces cartes géographiques qui
permettaient la navigation de port à port avec l'indication
exacte de l'échelle des distances - que les navigateurs
purent disposer d'une représentation beaucoup plus fidèle
des côtes maritimes. Le portulan a permis au marin d'abandonner
le cabotage craintif qui l'obligeait à naviguer le long
des côtes, toujours tenues à distance de regard, pour la navigation
en haute mer.
Aujourd'hui la représentation de l'Europe est une
inconnue. Le cabotage n'est plus de mise, mais le portulan
manque. Nul ne peut dire où il faut commencer et où il faut
jeter l'ancre. L'Europe est comme libérée de ses voeux, débordée
en mille endroits. Europes intempestives présente neuf textes
qui dressent une carte en filigrane, selon les termes d'une
échelle inconnue qui doit faire passer pour saugrenue toute
personne qui demande : «Qu'est-ce que l'Europe ?» Il s'agit
pour nous de sortir du cadastre de ce qu'il faut appeler une
rhétorique Europe, avec ses métaphores fatiguées, frêles
esquifs sur une mer de clichés : cap, parapet, Occident, coucheries
solaires et rapt.