Enluminures médiévales

Mieux conservée que les oeuvres monumentales parce que
moins exposée aux ravages du temps, l'illustration
des manuscrits constitue un véritable musée de la peinture médiévale
légué à la postérité par des peintres et enlumineurs de grand talent.
La richesse des collections de la Bibliothèque nationale de France
a permis de choisir, pour évoquer la vie médiévale, un large éventail
de ces oeuvres allant du XI<sup>e</sup> à la fin du XV<sup>e</sup> siècle.
L'artiste médiéval y transpose presque toujours les événements
du monde antique (la mythologie, l'histoire profane ou la Bible),
à sa propre époque. Une époque profondément chrétienne,
où chacun sait que sa vie n'est que passage : c'est le pèlerinage vers
la Jérusalem céleste, le paradis qu'il atteindra s'il demeure en droit
chemin avec l'aide de Dieu. Le roi reçoit son pouvoir de Dieu ; il est
sacré. Les lois de l'Église régissent le droit et les institutions.
Les jours chômés sont les dimanches, les grandes étapes de l'année
liturgique et les fêtes des saints, que l'on honore en maintes
occasions. Abbayes et cathédrales sont les dépositaires de la culture
religieuse et profane. Moines et chanoines copient les textes transmis
par l'Antiquité et en rehaussent d'enluminures les exemplaires
les plus précieux. Dans le courant des XII<sup>e</sup> et XIII<sup>e</sup> siècles, le rôle des laïcs
prend de l'importance et, avec la fondation des universités,
de nombreux textes sont copiés par des clercs. Les manuscrits sont
élaborés chez les libraires, eux-mêmes souvent copistes, et certains
connaissent les arcanes de l'enluminure. Ils emploient des aides
ou s'adressent à des artistes travaillant à leur propre compte.
Ces changements se répercutent sur la conception de l'ornementation
des manuscrits, qui elle-même évolue en fonction des mentalités
et des modes. Le décor envahit les marges, racontant des histoires
complémentaires des scènes principales ou des épisodes faisant allusion
à d'autres passages du texte ou bien des drôleries tantôt remplies
d'un humour bon enfant, tantôt plus proches du sarcasme
et de la parodie. L'artiste s'y libère des contraintes et donne libre cours
à son observation.