La Hongrie libérée : Etat, pouvoirs et société après la défaite du nazisme (septembre 1944-septembre 1947)

La Seconde Guerre mondiale s'achève en Hongrie
avec l'effondrement de l'ancien régime «millénaire».
Peu connues du public, les trois années
mouvementées qui s'ensuivent sont assimilées par la
plupart des auteurs à la première phase de la
«soviétisation» du pays. Le travail de Julien Papp se
propose de montrer la spécificité de cette époque
charnière, et, tout en tirant le tragique bilan de la guerre
et des déportations, d'en décrire la richesse et la
complexité.
1944 : après la défaite, l'exode et l'occupation, c'est la
remise en marche des administrations et la renaissance de
l'État. Il s'agit de comprendre la nature du nouveau régime à
travers les projets et l'action des protagonistes. La vie publique est alors
particulièrement riche, jaillissant de la rupture issue de la défaite et de la faillite
morale et politique du régime Horthy. Mais la révolution sociale, rendue possible
et nécessaire par la victoire de l'Armée soviétique, est cependant hypothéquée
par l'occupation qu'elle a mis en place.
L'effervescence que connaît alors la Hongrie, et qui se traduit par
l'apparition d'une multitude de comités populaires, s'épuise toutefois du fait
de la misère et du conflit de plus en plus aigu entre les partis politiques
opposés, eux-mêmes pris dans les enjeux internationaux : leur action de
remise en ordre s'exerce au détriment de la démocratie directe. Julien Papp
s'efforce de restituer aux ouvriers, paysans et autres «petites gens» de la
Hongrie leur place de protagonistes, que les mémoires dominantes n'ont cessé,
depuis le tournant stalinien de septembre 1947, de dénaturer ou d'effacer.