Les solitudes du poète

Le poète ne serait-il avant tout
qu'un simple suceur de cailloux ?
La poésie alors étonnerait,
troublerait comme la chute
inopinée du caillou. Ainsi que
tout objet sucé elle susciterait un
désir de langue, une jubilation,
une sorte de papil-lation. Il ne
serait pas exclu que le caillou
fasse gicler l'eau, lève un
déménagement d'air, ample,
modulé ou pensif, explorant de
ce fait un monde de vibrations
et de correspondances.
Se mêlant au babillage de
la publicité, maîtresse en
récupération de tous ordres,
le poète, ses petits cailloux en
bouche, interrogerait à la fois
le silence et quelques-unes des
formes de la simplicité, au fil
de l'imaginaire et du travail,
se garant à gauche, se garant
à droite, fragile sur
ses fuyants jambages.
Distillateur, géomètre des
territoires de plus en plus
menacés de la douceur,
arpenteur de ceux plus rares
encore de la réconciliation,
il continuerait d'explorer
les tentations de la langue.