Anthologie de la littérature orale songhay-zarma : saveurs sahéliennes. Vol. 4. Textes récréatifs : chants et histoires d'amour, formes théâtralisées des aires de jeux et danses, critique sociale indirecte

Anthologie de la littérature orale songhay-zarma
Saveurs Sahéliennes
« L'oreille est plus vieille que l'ancêtre ! » mais, parce qu'elle reste en écoute, elle devient contemporaine de la parole actuelle qui constitue la suite de ce qui a été dit avant. Le premier titre proposé de cette anthologie fut « Le beurre des mots », produit de la conjugaison de deux poèmes : celui de Tombokoye Tessa, orfèvre de la parole songhay-zarma, qui rappelle que pour les agropasteurs des régions sahéliennes, rien ne saurait être plus savoureux que le beurre, et celui des poétesses du pilon qui affirment qu'on n'accède à la quintessence du mil (l'autre saveur sahélienne) que quand la pileuse a réussi à lui faire rendre son beurre, à force d'efforts. La littérature orale est répétitive en effet ; mais seule est répétée, la parole que l'effort et la réussite esthétiques ont rendue digne de traverser l'espace et le temps, pour énoncer avec économie la quantité et la profondeur d'une pensée, ossature d'un système de valeurs aujourd'hui menacé. Des pans entiers de savoirs sont en train de se refermer sur eux-mêmes dans les villages et les villes africaines où, tout un patrimoine se trouve mis en péril parce que des autorités administratives qui n'ont souvent ni une connaissance suffisante de leurs cultures propres, ni une connaissance suffisante des cultures étrangères dont jeunes et moins jeunes subissent le magnétisme, décrètent tout et n'importe quoi, oubliant que l'aliénation, d'où qu'elle vienne, ne peut jamais produire que des individus « incapables de se rappeler les prénoms de leur quatre grands-parents ».