L'idéologie incarnée : représentations du corps dans le premier cycle de la croisade : Chanson d'Antioche, Chanson de Jérusalem, Chétifs

Le premier cycle de la croisade engendre une écriture qui lance
l'histoire de la communauté franque en Terre sainte et qui pose les
fondements d'une culture par la mise en oeuvre d'un système de
valeurs et de croyances. Dans les chansons d' Antioche , de
Jérusalem et des Chétifs , considérer les corps des différents
protagonistes, leur apparence, leur mode d'expression, leurs
besoins et appétits, leur destinée enfin, offre la possibilité de
rencontrer cette idéologie en mouvement. Les représentations
organisent une discrimination des populations par rapport à des
normes. Complexe, celle-ci subit des modulations au fil du cycle et
sort parfois de l'opposition manichéenne entre chevaliers croisés
et Sarrasins. Le regard porté sur le corps des Tafurs, une troupe de
gueux en marge de la communauté franque, nuance l'antagonisme
épique habituel et conduit à reconsidérer les enjeux idéologiques
et génériques des oeuvres. En permettant de penser les identités du
croisé et du Sarrasin autrement , il engage une réflexion
anthropologique. Celle-ci prend corps dans une écriture aux
procédés empruntés à l'historiographie, à l'hagiographie et au
roman chevaleresque.