Liberté, couleur de femme : récit de vie

"Par la suite, Jean vint plusieurs fois à la maison. Il m'avait choisie comme courrier. Une seule fois, je fis le voyage avec lui dans le train qui nous emmenait de Marmande à Toulouse. Un peu avant d'arriver, nous nous séparâmes. Je devais le retrouver à la sortie de la gare Matabiau, devant l'école vétérinaire de l'époque. Normalement, il n'aurait pas dû faire le voyage dans le même compartiment que le mien, par mesure de sécurité. En effet, il m'avait confié une bombe et un revolver. Mais Jean était jeune, casse-cou, n'ayant peur de rien. Il se moquait éperdument de ce qui pouvait lui arriver. Et pour cause: ses parents, communistes, étaient morts tous les deux en déportation. Jean voulait les venger. Aussi, il n'avait cure de commettre des imprudences, comme de voyager à mes côtés. Il sortit de la gare sans problème grâce à ses faux papiers."