Jeunes années : autobiographie

«J'ai commencé cette autobiographie dans les plus heureuses
dispositions possibles, est-il ridicule de le préciser : avec une
sorte d'enthousiasme ? Les mots venaient d'eux-mêmes,
conduisant l'auteur vers le paradis de l'enfance, un paradis
tout à fait terrestre, non dépourvu de coins d'ombre, mais un
paradis malgré tout. L'enfant connaissait le chemin, il n'y avait
qu'à le suivre. Malheureusement, au bout du paradis attendait
la mort. Elle ouvrit la porte pour laisser sortir l'adolescent
et la refermer sur lui, privé de sa mère. Il avait quatorze ans.
La vie commençait.»
«À la distance qui me sépare aujourd'hui du jeune homme
que je fus, j'essaie non de le juger, mais bien de le comprendre.
Il m'apparaît avec l'éternel visage de la jeunesse qui ne sait ce
qu'elle veut, ni où elle va, qui ne se connaît pas elle-même et
s'engoue tout à coup de ce qu'elle abominera demain, passant
de l'enthousiasme au désespoir avec tous les élans que les
années se chargeront de briser, crédule, généreuse, injuste
- irremplaçable. Ses colères, ses rêves, je les portais en moi.
Je ne me sens pas meilleur de ne les avoir plus.»
Julien Green