La société des voisins : partager un habitat collectif

Rassemblés bien souvent sans l'avoir souhaité, les habitants des ensembles résidentiels
urbains doivent partager des lieux intermédiaires entre l'espace privé du logement et
l'espace public de la rue. Si ce partage se réduisait à des rencontres épisodiques, la cohabitation
entre voisins serait sans histoires. Mais tel n'est justement pas le cas. Les
parties communes ont pour vocation d'être partagées sans pour autant qu'un
accord préalable sur la manière de s'y comporter ou sur leur utilisation ait été
établi. Aussi sont-elles le lieu privilégié de confrontations - feutrées ou virulentes - entre
différentes conceptions de la civilité, de la propreté, de la sociabilité ou, tout
simplement, du savoir-vivre. C'est ici notamment que se déroulent les luttes
destinées à faire prévaloir son identité ou à éviter de se voir imposer une image
stigmatisée.
Attentifs à ce qui se passe dans ces espaces entre-deux, à la fois lieux de passage et
théâtre où se mettent en scène et se confrontent les différentes cultures de l'habiter, les
ethnologues et sociologues réunis dans cet ouvrage ont mis en évidence des mécanismes
aux effets récurrents. Les codes sociaux et les normes culturelles que les habitants
mettent en oeuvre pour produire les règles communes possibles, sinon nécessaires,
s'inscrivent dans des contextes aussi divers qu'imbriqués : individuel et familial,
collectif et social.
Au-delà des variations et des différences qu'ils décrivent, les auteurs montrent de façon
convergente comment l'établissement d'un ordre, souvent provisoire, résulte de confrontations
et de négociations quotidiennes où se jouent les rapports à soi et aux autres.
Ce constat partagé devrait interpeller les concepteurs de nos cadres bâtis (architectes,
urbanistes, aménageurs...), ainsi que les gestionnaires de ceux-ci (bailleurs, syndics,
élus), surtout lorsqu'ils se lancent dans des politiques dites de «résidentialisation».