Tous les paris

Gordon Lish est le dandy insolent des « circonstances urbaines »,
il n'a peur ni du vide, ni de la catastrophe immanente. Il appelle
chacun par son prénom, Woody, Jerome-David ou J.D., Thomas,
Philip, Bernard, Saul, Susan, Norman et Merv. Les noms sont
cachés comme les cartes dans la manche du joueur.
G. Lish, lui, écrit en son nom, c'est là sa mise, dernier des
«Manhattoes», insulaire dans la ville. Ses histoires ne sont pas
des nouvelles au sens où une histoire courte viendrait illustrer
la réalité. Ce triptyque d'histoires nouvelles se déploie depuis un
axe pictural : Un, Deux, Trois, séries de tableaux. Lish est face au
canevas de la langue, mais du mauvais côté de la toile, celui dont
on ne veut rien voir ni entendre. Il n'est pas là pour dessiner du
côté retourné de la toile, mais pour y jeter de la couleur comme
un concentré de réalité : « Il n'y a pas d'histoire dans les phrases que
je vais écrire, pas de programme pour y faire surgir des questions. Si
des questions en sortent, alors c'est une résolution qu'elles accomplissent
complètement d'elles-mêmes. » Voilà le pari, « tous les paris ».
Ici, les erreurs sont connues et pointées, elles fatiguent et rassurent,
elles sont le filigrane de nos habitudes têtues et de nos
repentirs lâches. Or, G.L. dit que pour écrire un poème il faut de
la terreur et pour écrire un roman il faut du temps.
C.C.