Relire Le Capital : Marx, critique de l'économie politique et objet de la critique de l'économie politique

Le présent ouvrage participe de la toute récente réouverture du
débat sur Le Capital , interrompu plus ou moins au milieu des années
1980. Certes, cette reprise des débats a lieu dans des
conditions nouvelles, celles de la disparition de l'orthodoxie
marxiste, de l'avènement du capital mondialisé, mais aussi de
l'émergence d'un mouvement altermondialiste, porteur de nouvelles
interrogations et réflexions sur le capitalisme contemporain.
Dans ce contexte, «relire Le Capital » de Marx, c'est tout d'abord
prolonger son projet de «critique de l'économie politique», c'est
à-dire de mise en question des catégories économiques que sont
la marchandise et la monnaie, le capital et le salariat, le profit et
la rente. Mais la théorie de Marx, qui se pose comme critique de
l'économie politique, s'est figée dans beaucoup de controverses
en une autre économie politique dont la critique doit par suite
être faite simultanément. D'où le sous-titre : «Marx, critique de
l'économie politique et objet de la critique de l'économie
politique».
Cette relecture établit que la valeur d'échange des marchandises
est économiquement indéterminée dans Le Capital : la loi de la
valeur dépend de normes monétaire, salariale et foncière, normes
de caractère étatique qui en font une loi socio-politique. La monnaie,
la force de travail et la rente absolue constituent les
concepts fondateurs et les points forts de la théorie de Marx,
ceux où s'ancre sa critique de l'économie politique. Mais la relecture
du Capital montre aussi qu'il s'agit de concepts fragiles, des
points faibles de l'exposé de Marx qui menacent, à tout moment,
de faire basculer sa théorie du côté de l'économie politique qu'il
critique. L'auteur soutient que les ambiguïtés et incertitudes de la
loi de la valeur dans Le Capital , notamment les difficultés de
conceptualisation des rapports marchand, salarial et foncier, sont
liées aux problèmes que rencontre Marx dans la conceptualisation
de l'Etat.