Traité sur les animaux, Condillac

Le Traité des animaux (1755) consacre la montée en puissance de l'animal dans le champ
de la pensée européenne au XVIII<sup>e</sup> siècle. Le lire, c'est entrer dans une aventure
philosophique certes liée à des circonstances polémiques, mais ouvrant la porte aux bêtes
en les rapprochant de façon étonnante de l'homme. Loin d'un simple doute ou provocation
visant la vanité humaine dans la tradition sceptique, la nouveauté du geste est d'interroger
par ce biais la manière dont l'homme moderne se pense lui-même, dans son origine, sa
destination et son sens. L'animal acquiert ainsi un rôle dans l'anthropologie que
confirmeront les développements les plus récents en philosophie, éthologie, sciences
cognitives, renouant, après les réticences des XIX<sup>e</sup> et XX<sup>e</sup> siècles, avec les audaces des
Lumières. Condillac apporte ici une contribution majeure au devenir de l'animal dans la
pensée comme forme contemporaine de la question que l'homme représente pour lui-même.
Et c'est à ce prix seulement de risquer de se perdre que ce dernier peut espérer
véritablement se trouver.