Portrait : le monde en têtes, n° 5. Etats-Unis : identités rebelles

« On est là. On n'ira nulle part ailleurs, notre culture a tenu, elle a bien plus de substance. Notre lien à la terre est là. Nous sommes les rayons d'une grande roue. Beaucoup de gens se demandent à quoi ils appartiennent. Nous savons à quoi nous appartenons » , dit Gyasi Ross , auteur, avocat, rappeur, conférencier amérindien, à Judith Perrignon . L'homme blanc, le dominant ne semble pas pouvoir en dire autant, il a toujours l'air de tanguer, de chercher ce qui le définit, poursuit-il. Une idée partagée par le romancier new-yorkais Sam Lipsyte . « Nous sommes tous un peu des résidus d'on ne sait quoi (...) écartelés entre deux mondes en perdition : d'un côté l'effondrement de l'Union soviétique et la fin de l'analogique, de l'autre l'avènement du marketing viral et du porno en ligne » , confie-t-il à Nathalie Bru , traductrice de Paul Beatty.
Construire son identité au XXI<sup>e</sup> siècle est un défi, que l'on soit amérindien, femme, noir ou même Blanc aisé dans ce monde qui n'a rien de tranquille. Ce nouveau numéro part à la rencontre d'écrivains de grand talent, engagés, positionnés à contre-courant d'une société de consommation qui pousse au lissage et aux inégalités, notamment en détournant la mondialisation et l'ultraconnexion de ses capacités à créer des conditions de vie meilleures. Rebelles, c'est ainsi que nous avons qualifié ces hommes et ces femmes écrivains drôles, voire électriques. David Treuer , juif par son père et indien par sa mère, ne cède ainsi rien à sa singularité. Pauline Guéna saisit dans cette intransigeance toute la beauté et la force de son écriture. Attica Locke raconte merveilleusement la condition des Noirs américains. Rachel Kushner , elle, explique à Julie Bonnie , dubitative, n'accorder aucun sens à l'identité américaine. Meg Wolitzer construit une fiction « domestique » , nous rapporte Clémentine Gallot . Pour terminer, la revue nous dévoile le carnet de bord américain d' Alice d'Orgeval et douze triptyques d'écrivains de Paolo Bevilacqua , fasciné par « l'époustouflant ballet de mains et de crayons, relais virtuoses et magiques de leur imagination fertile ».