La souffrance sociale : nouveau malaise dans la civilisation

Dans une société d'incertitude conçue
comme un contexte d'épreuves et
d'évaluations permanentes auxquelles
doivent faire face les individus, les subjectivités
en jeu et la lutte pour la reconnaissance qu'elles
engagent deviennent des enjeux sociaux centraux.
Chacun est renvoyé à ses potentialités
mais aussi à ses doutes et à ses craintes, à ses
possibles défaillances passagères comme à ses
éventuelles insuffisances rédhibitoires. Se donne
ainsi à voir une souffrance qui, sans relever de
la maladie mentale, affecte l'individu dans sa
capacité psychique à tenir sa place dans le monde
et qui ouvre l'opportunité à une lecture des
destins individuels sous une figure victimaire ou
capacitaire. Dans un contexte sociétal d'incertitude,
les individus vulnérabilisés, traversés par
des détresses invisibles, sont alors désencastrés
de la dimension sociale de leur situation. Quel
bénéfice (analytique, social ou politique) y a-t-il
donc à thématiser la souffrance sous une modalité
sociale alors même que s'opère une réduction
individualiste dans l'ensemble de la vie
sociale ?