Le feu noir

Pourquoi «la gauche» triomphe-t-elle du centre
et de «la droite» ?
Plus exactement elle ne triomphe pas, mais elle va de toute
évidence vers la victoire. Les «hommes de gauche» sont les
initiateurs d'un monde nouveau. Et toute la question est
là : comment expliquer l'apparition d'un «monde nouveau»,
quel qu'il soit, au beau milieu du «christianisme»,
qui est précisément le monde de l'«apocalypse finale» ?
Comment a-t-il réussi à trouver sa place ? D' où sort-il ?
Sa «place», le «monde nouveau» n'a pas eu de mal
à la trouver car la «bonne nouvelle» venue des catacombes
est loin d'avoir apaisé les soifs, les attentes et les
besoins éternels de l'humanité. On continue de mourir
comme avant ! D'avoir mal comme avant ! Les néphrites,
les cancers, la phtisie sont toujours là ! Les prisons aussi !
Qu'est-ce qui a changé après la naissance du Christ par
rapport à ce qui existait auparavant ?
Ah oui, j'oubliais... est apparue la consolation !
L' apaisement ! Est apparu un verbe nouveau, inouï,
céleste : «Endurez» ! «Bienheureux les pauvres... »
« Bienheureux les persécutés...»
Ne restait plus aux «bienheureux» qu'à sourire en
guise de consolation... Les «bienheureux» se sont recroquevillés
en faisant la grimace, ils ont souri en avalant
leurs larmes jusqu'au jour où ils n'ont plus supporté...
Quatre-vingt-dix ans à peine nous séparent de cette
année 1917 qui devait, croyait-on, faire du rêve de
quelques-uns la radieuse réalité de tous.
Toute l'année 1917 n'avait-elle été qu'une farce tragique
? Rozanov, frappé dans sa chair, grelottant de
froid et de faim, vivait cloué au lit ses derniers jours.
La Russie agonisait. Le feu noir achevait de tout
consumer. La tragédie avait eu raison de la farce.
L'apocalypse triomphait.