Les banquiers du Seigneur : évêques et moines face à la richesse , IVe-début IXe siècle

Dès la fin de l'Antiquité, les Pères de l'Église et les écrits monastiques
condamnent l'enrichissement et louent le renoncement aux biens
matériels. Ils utilisent pourtant le langage du profit et du commerce pour
parler du salut et décrire les gains ineffables attendant le chrétien qui investit
dans le marché céleste. Le monde monastique fonde sur l'ascèse et l'absence
de possessions personnelles une discipline de l'administration des biens consacrés.
Comment concilier alors le rejet des richesses et la proposition d'un modèle
de salut calqué sur le comportement du bon marchand ? Comment comprendre
l'exhortation monastique à devenir des banquiers avisés, des administrateurs
fidèles des biens divins ?
Grâce à une réinterprétation de la parole des évêques et des moines, qui
associe intimement le spirituel et l'économique, ce livre propose de dépasser les
oppositions trop simples entre théorie et pratique, entre spirituel et temporel ou
entre morale et vice, pour mettre au jour les fondements lexicaux de tout discours
médiéval sur les échanges et l'administration des biens. Il ne s'agit pas de retrouver
les racines de notre économie moderne, mais de mettre en lumière l'existence
d'une façon propre à la société médiévale de penser l'économie à travers le lien
qu'elle établissait entre l'ici-bas et l'au-delà. On comprendra ainsi comment l'élément
économique prend place au centre même de la réflexion chrétienne sur le
salut, façonnant les modes de gouvernement de la société, fondant la rationalité
administrative des moines et légitimant le pouvoir de l'Église épiscopale et
monastique sur les biens et sur les hommes.