Nouvelles économies, nouvelles exclusions

On a cru, à la faveur de l'euphorie collective autour de
l'internet, que l'avènement d'une «nouvelle économie»
ouvrirait une ère nouvelle de croissance et de prospérité.
Puis l'éclatement de la bulle spéculative nous a lourdement
détrompés : les inégalités demeurent et le chômage repart à
la hausse. Pourtant, le capitalisme est réellement engagé
dans une mutation profonde avec le basculement des
économies industrielles vers une économie fondée sur la
connaissance. Le changement de régime de croissance nous
invite à réviser nos conceptions de l'exclusion qui ont été
forgées dans un contexte de crise du modèle fordien.
La principale menace que la «nouvelle économie» fait
peser sur la cohésion sociale ne réside sans doute pas tant
dans le risque d'une «fracture numérique», laquelle semble
au demeurant en voie de résorption. Les transformations des
modes d'organisation des entreprises, et leurs conséquences
sur l'emploi et le marché du travail, sont des facteurs
beaucoup plus profonds de dualisation de la société entre
ceux qui participent activement au fonctionnement du
système et en tirent bénéfice et les autres, «surnuméraires»,
exclus ou cantonnés à la périphérie du système. Ce risque
de dualisation se retrouve à l'échelle des territoires.
En particulier, la spécialisation internationale et les nouveaux
cadres de régulation mondiale conduisent au risque d'une
marginalisation des pays en développement, incapables de
trouver leur place dans la nouvelle géographie du savoir. Sur
ces questions décisives, ce livre devrait faire date.