Hôtels psys : du temps que j'étais belle : roman autobiographique

«Persuadée, lorsque j'ai quitté sa boutique [sa clinique psychiatrique]
en 1951 ou 52 qu'il [le docteur Nocher] ne croyait plus aux
affabulations de ma mère et qu'il n'y avait sans doute jamais cru
mais s'était trop compromis pour reculer, j'espérais que par un miracle
plus que miraculeux, ce grand Monsieur bien, pas très intelligent et
pas très scrupuleux, accepterait finalement d'admettre avoir commis
une erreur funeste. Ce courrier gratuit le priait en somme, par je ne
sais quelle plaidoirie, de me témoigner dans sa réponse que je n'avais
jamais été folle.»
Colette Énard, originaire de Charente, est artiste peintre, portraitiste
à Bordeaux puis à Paris. Elle est internée à plusieurs
reprises dans un hôpital psychiatrique de la région bordelaise,
une première fois sur la décision de sa mère qui veut l'empêcher
de partir vivre en Australie puis une deuxième fois dans un
navire-hôpital par son supérieur et amant, le médecin-chef colonel
de son régiment en Indochine. Elle se retire dans la région
de Royan, d'où elle est originaire, avec ses chats. Elle peindra
encore quelque temps puis consacrera le reste de sa vie à des
tapisseries monumentales qu'elle réalise avec sa mère.
L'«aveu de cette chronique autobiographique» est saisissant
tant sur l'aspect médical vécu par cette jeune femme que sur les
impulsions et conséquences que cela a pu avoir sur sa création,
dépourvue ensuite de couleurs et de visages humains. Ses
oeuvres, les gouaches nucléaires et peintures surréalistes, ont
fait l'objet d'une exposition rétrospective au musée de Royan
en 2011, présentant également des toiles de collectionneurs privés
dont celle acquise par André Breton.
Un texte bouleversant... On pense forcément en lisant ces
pages à ces femmes effacées de la scène comme Camille
Claudel, Dora Maar ou la surréaliste Unica Zürn.