Histoire du SAC : la part d'ombre du gaullisme

Souvent présenté comme la police parallèle du régime ou la
garde prétorienne du mouvement gaulliste, un ramassis de truands
et une officine de barbouzes, le Service d'action civique (SAC) n'a
jamais cessé depuis sa création en 1959 de traîner derrière lui un
parfum de scandale. Organisation à la fois légale et occulte, le service
d'ordre de Pierre Debizet, Charles Pasqua et Jacques Foccart
accompagna bien des déchirements qui secouèrent la France des
années 1960 et 1970, jusqu'à la sanglante tuerie d'Auriol en
juillet 1981. On crut apercevoir son ombre derrière les commandos
anti-OAS à Alger et anti-gauchistes en mai 1968 ; on le soupçonna
d'être impliqué dans l'enlèvement de Ben Barka, l'affaire Markovic
ou l'étrange suicide de Robert Boulin. Son implication dans des
opérations d'infiltration, de provocation et d'espionnage clandestin
était, elle, attestée. Comme la propension de ses militants à terroriser
les partis de gauche.
Vingt ans après sa dissolution, il est temps de faire la lumière sur
sa légende noire. Cela suppose de se pencher sur la relation intime
mais souvent occultée qu'ont longtemps entretenue certains milieux
gaullistes avec la violence, le secret, le réseau et l'action parallèle.
À partir de l'exploitation d'archives, François Audigier redéfinit la
vraie nature du service d'ordre : une structure politique à part
entière. Le SAC constitua en effet la principale force militante du
gaullisme jusqu'à la création du RPR en 1977. Véritable machine à
gagner les élections, îlot de résistance en cas de coup dur, cette
organisation de la fidélité entretenait avec le Général un rapport
exclusif. Avec en contrepartie, un recours fréquent à la violence et
un souci d'efficacité qui tirent leurs origines des premiers temps du
gaullisme, celui de la Résistance et du RPF anticommuniste de la
Guerre froide.