L'indicible dans l'espace franco-germanique au XXe siècle

La notion d'indicible appartenait à l'origine au vocabulaire religieux.
Mais la sécularisation de la pensée religieuse va peu à peu vider l'indicible de
son contenu. Ce volume part de ces constatations pour se pencher sur les
mutations radicales de la thématique au cours du XX<sup>e</sup> siècle dans l'espace
franco-allemand.
Résolument exclu du domaine philosophique par la philosophie
analytique de Wittgenstein, l'indicible devient très vite au vingtième siècle
une des modalités du dire littéraire. Mais il faut également analyser la notion
dans les liens qu'elle entretient avec la psychanalyse de Freud ou de Lacan.
Ou avec le genre de l'écriture de l'intime par excellence : le journal. Au milieu
du siècle, il semble bien que ce soit la béance terrible de la mort qui
(ré)introduise l'indicible dans le corps même du dit. Après la Seconde Guerre
mondiale en tout cas, on ne peut plus l'évoquer sans faire surgir l'horreur
d'Auschwitz - ce volume en témoigne : l'ombre de la Shoah y est
omniprésente. Le livre cherche à cerner les modes très différents dont des
écrivains autrichiens (Thomas Bernhard, Ingeborg Bachmann, Ilse Aichinger),
allemands (Theodor W. Adorno, W. G. Sebald), juifs de langue allemande
(Paul Celan, Hannah Arendt), français (Maurice Blanchot, Robert Antelme,
Marguerite Duras, Edmont Jabès), hongrois (Imre Kertész) inscrivirent le
génocide dans leurs oeuvres. On voit ainsi, de génération en génération, se
déployer les différentes formes d'écriture de la mémoire, les formes
fictionnelles faisant écho aux témoignages des rescapés en quête des mots
susceptibles non de surmonter, mais de garder trace de l'indicible.