Jeanne d'Arc : la sainteté casquée

D'abord tenue pour un prophète, puis brûlée comme
une sorcière à Rouen le 30 mai 1431, Jeanne d'Arc
tomba dans l'oubli aussitôt sa mission accomplie. Quand
les romantiques la redécouvrirent, à la suite de Michelet,
une époque s'ouvrait où les Français ne parvenaient plus
à s'entendre autour d'un drapeau. Tous les partis se sont
arraché son étendard, incapables de voir, au-delà de
leurs intérêts immédiats, ce qu'il désignait de véritablement
transcendant, et par là-même susceptible de les
rassembler. Ses paroles, payées de son sang, ont pourtant
frappé l'imaginaire d'écrivains, de dramaturges et de
cinéastes de tous horizons. Cet essai dense et lumineux
les reprend à la source pour en faire à nouveau une force
d'inspiration pour tous. Recueillies par des notaires dans
les minutes de son procès, elles nous sont parvenues
sous la forme d'un Évangile selon Pilate certes, mais où
éclate à chaque réplique l'insolence de la sainteté.
Jeanne, quand on l'écoute, c'est le jaillissement du mystère
en pleine lumière, l'existence entière comme un oui
à l'Amour plus fort que la mort, la sainteté casquée enfin,
où aimer et agir ne font qu'un.