Choses de Bourbon : chroniques d'un voyage à La Réunion en 1888 par un Franco-Mauricien, Alphonse Gaud

C'est en 1888 qu'Alphonse Gaud, un franco-mauricien, chroniqueur
au « Journal de Maurice » vient passer quelques mois de villégiature à
La Réunion. Sous le pseudonyme de « Pooka », en référence probable
à la créature mythique du folklore celtique, il adresse le compte rendu
de ses journées à son journal qui les publie dans ses colonnes.
Les récits de voyages à La Réunion ou à Bourbon depuis au moins
trois siècles abondent mais ils sont le plus souvent le fait d'Européens
de passage pour qui le monde est un terrain d'aventures et de
découvertes qu'ils observent avec des yeux peu préparés aux réalités
des latitudes tropicales pour n'en retenir que la superficialité. Ce n'est
pas le cas de Pooka, un insulaire et surtout un voisin, qui ne manque
pas d'établir de constants parallèles entre ce qu'il voit à La Réunion
et ce qui se fait à Maurice. Et pour lui, La Réunion s'en tire souvent à
son avantage.
Pooka ne se contente pas de jouer les touristes, il veut découvrir
l' « île-soeur » dans les secrets de son âme. En journaliste avisé il
rencontre l'élite intellectuelle du pays, va à la rencontre des badauds
sur le pont du Barachois, visite féculerie, rhumerie et ateliers
d'artisans, découvre les bienfaits des nouvelles techniques agricoles
dont bénéficie la culture de la canne à sucre et, bien entendu, parcourt
les routes et chemins de l'Île, de Sainte-Suzanne à Saint-Pierre, à la
découverte de ses beautés intérieures.
Esprit curieux et cultivé, amoureux de poésie, fin connaisseur
des écrivains réunionnais, doté d'une vive sensibilité et maniant avec
bonheur une plume parfois gouailleuse mais toujours alerte et précise,
Pooka nous laisse de La Réunion de cette fin du dix-neuvième siècle, un
témoignage précieux qui éclaire cette page de l'histoire réunionnaise
encore peu défrichée par les historiens contemporains.