Le triptyque de Dorian Gray : essai sur l'art dans le récit d'Oscar Wilde

Contrairement à certaines idées reçues, Le Portrait de Dorian Gray, l'unique roman d'Oscar Wilde, n'est pas une simple fable visant à distraire des adolescents attardés en quête de leur identité. En réalité, cette oeuvre que son auteur qualifie lui-même de <<longue histoire=""/>> peut être comprise comme un véritable manifeste de l'art pour l'art dans lequel Wilde illustre sous forme romancée la genèse, l'achèvement mais aussi le devenir d'un magnifique portrait. En fait, le tableau est non seulement au coeur de l'intrigue, mais il se hisse au rang de héros. Dès le premier regard échangé entre l'artiste Basil Hallward et Dorian, l'auteur introduit le lecteur dans le monde complexe de l'art et de l'apparence. Ainsi, le portrait de Dorian Gray n'est-il pas seulement un miroir fidèle reflétant le double parfait de son modèle, mais un véritable triptyque qui concentre dans les limites de son cadre les projections narcissiques de l'artiste, de Dorian et de Lord Henry. En fait, la question fondamentale que pose Wilde dans son roman est celle de la représentation et du sens de l'art. Au bout du compte, les déformations successives qui affectent le visage et le corps du portrait de Dorian Gray peuvent faire songer à certaines oeuvres du peintre Francis Bacon. Aussi audacieuse que puisse paraître l'hypothèse, il s'avère que les conceptions esthétiques illustrées par Wilde dans son roman préfigurent celles de l'artiste le plus troublant de la fin du vingtième siècle.