La France étroite : face à l'intégrisme laïc, l'idéal communautaire

Voir du « communautarisme » partout est une forme de paresse mentale répandue à gauche comme à droite
et que l'on risque de payer cher. Ce fut la grandeur de l'organisation sociale de notre République une et indivisible
que de réduire toute chose à l'unité, en homogénéisant les manières d'être. Mais, et ce n'est pas la première fois dans
l'histoire, on observe une saturation de cet idéal unitaire. Réaffirmation de la diversité, enracinements locaux, spécificités
langagières et artistiques, économie participative, rassemblement autour d'une commune origine, réelle ou mythifiée :
tout est bon pour accentuer des formes de vie dont le fondement est moins la raison universelle que le sentiment partagé.
Qu'elles soient géographiques, sexuelles, musicales, religieuses, sportives, culturelles, les communautés s'affichent
dans l'espace public. Un constat qu'il est puéril de dénier et malsain de stigmatiser, au nom d'une conception vieillissante et étroite de la France. L'unité nationale peut se vivre dans la conjonction, a posteriori, de valeurs différentes voire
opposées, en équilibre conflictuel, cause et effet de la vitalité des tribus postmodernes. L'on serait bien inspiré de tourner
le dos à notre intégrisme laïc pour accompagner la force de ce pluralisme et éviter que l'idéal communautaire refoulé
ne devienne totalement immaîtrisable.