Traduire les anciens en Europe du quattrocento à la fin du XVIIIe siècle : d'une renaissance à une révolution ?

À l'aube du Quattrocento, à Florence,
on assiste à un renouvellement tel de la
connaissance de la langue et de la littérature
grecques que l'on peut parler d'une rupture
dans la pratique de la traduction des Anciens :
celle-ci s'accompagne notamment d'une vive
conscience de l'historicité des textes ; quatre
siècles plus tard, à la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle, une
seconde rupture se profile dans plusieurs
pays d'Europe, caractérisée à son tour par
une nouvelle revendication d'historicité et par
la prise en compte grandissante de l'esprit
national et du génie des langues.
Entre ces deux moments, la lecture des textes
antiques se trouve, dans toute l'Europe, au coeur des préoccupations
intellectuelles, source de débats et ferment des productions littéraires
et philosophiques contemporaines. La traduction des Anciens doit
alors être analysée dans des contextes divers, dont les enjeux sont
linguistiques, mais aussi idéologiques et culturels : ils touchent
à la pensée religieuse et politiques, à la formation des concepts
philosophiques, à la pédagogie et à l'expressivité des textes littéraires
et de la poésie en particulier.
Le présent volume se donne pour objectif non pas tant d'examiner
les traductions produites pendant cette période en fonction de
critères d'«exactitude», mais d'appréhender, par le biais d'un
regard historique, les traditions et les méthodes sur lesquelles
elles reposent, afin de tenter de comprendre, à travers ce vecteur
essentiel que constitue la traduction, comment se sont constitués
notre connaissance et notre regard sur l'Antiquité.
Ainsi, au fil des études, le lecteur voit peu à peu se substituer à la
vision d'une culture encore profondément vivante - avec laquelle on ne
cesse de dialoguer - celle d'un monde appartenant définitivement au
passé - sur lequel on ne peut plus poser qu'un regard d'observateur
si passionné soit-il.