Berceuses créoles

«Tout a une fin, les journées pluvieuses, les gros chagrins,
les croûtes des genoux, mêmes celles épaisses, entretenues
par un soigneux épluchage quotidien ; un beau jour, la croûte
se rétracte et se dessèche, au dessous cela ne saigne plus.
La peau, hier spongieuse, succulente et rouge est devenue
lisse, rose et complètement étanche. Il suffit d'attendre. Un
jour viendra où je serai grande et je partirai d'ici.
A peine ai-je pensé cela que mon cerveau se rebiffe. Partir
d'ici, ce n'est pas si simple ; la maison n'a peut-être pas un
climat de bonheur mais ce n'est pas l'enfer ; par contre le
jardin est vraiment un paradis.»
Berceuses créoles témoigne qu'il existe des âmes pures,
hors du commun. Elles pourront paraître naïves aux uns,
simples aux autres, mais c'est en cela qu'elle sont exceptionnelles.
Aliette possède l'art de suggérer. En peu de mots,
elle nous décrit la société méconnue de l'Île Maurice,
et une époque qui ne l'est pas moins.
Ses portraits pittoresques ainsi que les événements qui jalonnent
la vie d'Alixe, rappellent les toiles des plus grands
peintres Créoles. Son ton désinvolte et intime à la fois séduit
d'emblée le lecteur et chacun devient le complice d'Alixe qui
possède le don d'éveiller les sentiments les plus simples et les
plus profonds.